3ème exercice : la recette de cuisine!

Exercice : Passez d’écrivant à écrivain en utilisant  une recette de cuisine.

Moi, la lyonnaise, à la croisée des cuisines italienne et alsacienne de mes grands-mères, avec quelle recette vais-je pouvoir mettre l’eau à la bouche, au corps et au cœur ?

Trop de parfums, de mains enfarinées et de parts de tarte trop vite englouties. Les images défilent trop vite ! J’appuie sur, je ne sais quel bouton, pour faire arrêt sur image !

Le gâteau du dimanche, les boulettes de mamie, les kneffs que seul mon père confectionnait à merveille, tel un dentellier avec   l’expression qui l’accompagnait à chaque fois  « on en mangerait sur la tête d’un galeux! »

Opposé un tel délice et un galeux , un vrai contraste pour sublimer ce mets parfait !

Ne comptez pas sur moi pour vous décrire la recette, seule ma fille a « fait le stage » et parvient à presque les réussir. Papa est parti avec la recette de sa maman ! On s’y réessaiera avec le souvenir de nos papilles et de ces moments de partage : regards complices, « toujours aussi bonnes », et regards croisés sur le plat qui se vide  et nous oblige à savourer d’autant plus les dernières bouchées.

Pâtes italiennes, pâtes alsaciennes : ce n’était pas un débat, ni un combat : juste des moments à savourer en famille. Je n’ai connu que ma grand-mère italienne, ma grand-mère alsacienne ayant tiré sa révérence, l’année de ma naissance. Elle a laissé  son livre de recettes, en alsacien, et son savoir-faire à son fils. Merci papa !

Quand on arrivait le dimanche chez ma grand-mère Rosa, mémé Rose,  l’odeur de la sauce tomate envahissait nos narines et faisait aussitôt gargouiller notre estomac : sauce tomate, des mots tellement minuscules pour une sauce épaisse dans laquelle mijotait des boulettes et des morceaux de viande depuis quelques heures déjà. Maman soulevait doucement le couvercle de la marmite en fonte et tel le génie de la lampe, un petit nuage de vapeur s’échappait et terminait de nous aiguiser les papilles.

On attendait la suite : Le spectacle pouvait commencer : mémé Rose avait étalé la pâte sur toute la surface de la table et telle une magicienne avait pris un manche à balai : oui j’ai dit, telle une magicienne et non une sorcière : marmite, balai !

Mais alors, une gentille sorcière magicienne : comment avait-elle pu étaler cette pâte sur une telle surface : fine régulière. Avec des gestes de pizzaiolo, elle farinait, étalait encore. On n’a jamais vu le début avec la boule de pâte, on arrivait trop tard dans la matinée. Mais maman a tellement vu sa maman le faire, c’est sûr, elle avait la main et la technique.

Je pense chaque fois à mémé Rose, quand j’ai un mal fou à étaler une petite pâte…

Son secret était simple : elle faisait cela depuis l’âge de 9 ans, placé chez un fermier, dans la campagne romaine,  à qui elle devait faire deux kilos de pâtes par jour…Je suis sûre qu’elle pouvait le faire les yeux fermés.

Avec le grand couteau qu’elle  venait de saisir…peut-être pas ! Une fois le manche à balai posé en haut de la table.(sans la brosse évidemment et dont c’tait le seul usage) elle enroulait la pâte, prestement enlevait le manche et avec une vitesse et une dextérité inouïe, comme un grand chef découpe un oignon, elle faisait apparaître, au fil de la découpe, des spaghettis…encore et encore avec une régularité qu’une machine aurait pu lui envier !

Par poignée, elle les jetait dans une immense marmite dont l’eau bouillonnante n’attendait que ça, après avoir embrumer de vapeur  la fenêtre. D’un revers de main, on balayait les vitres avant d’aller déguster ce repas de roi. Les assiettes creuses s’alignaient sur la table redevenue disponible : on allait se régaler !

C’était le dimanche chez mémé Rose.

Manger des pâtes c’était des kneffs de papa ou les pâtes de mémé Rose. Ouvrir un paquet de pâtes, c’était vraiment le pis-aller  et pourtant c’est tellement pratique et le plat préféré de la plupart des enfants. J’en ai ouvert des paquets comme toutes les mamans et encore plus quand on a des origines italiennes, redoublées par celle de mon mari…

Le paquet ouvert, parfois, le souvenir de ces plats délicieux viennent réveiller les papilles et on améliore l’ordinaire avec ces souvenirs extraordinaires.  Tiens, je vais faire des pâtes….

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