La maîtresse retourne à l’école (2)

« ça ne te manque pas trop? »

Combien de fois ai-je entendu cette question!

Bien sûr que si, ce qui me manque le plus dans le fait de ne plus aller à l’école, c’est de me retrouver au milieu des élèves ; je suis tellement comme un poisson dans l’eau que lorsque je  vais dans la classe de mon amie Isabelle, le bocal le sait,  me reconnaît et m’accueille à bras ouverts..et je me régale! D’autant que je n’ai que le plaisir d’être là et c’est un plaisir savouré parce que les sentiments des enfants sont sincères ;  c’est ce qui fait du bien et m’a ressourcé tout au long de ma vie d’institutrice.

Je lis maintenant sur les forums du bien être qu’il faut vivre le moment présent. Quand je suis entrée dans une classe pour la première fois à 24 ans, j’ai vécu immédiatement le moment présent parce que c’est une situation, être au milieu de 25 élèves où on n’a pas d’autre choix. Et quand on se retrouve, en maternelle ,  au milieu de 34 enfants de 4 ans, on ne se pose plus la question. Tous son être embrasse chaque minute du moment présent. Sans doute que cet état devient rapidement, sans qu’on s’en aperçoive un mode de vie, de tous les jours , de tous ses moments présents, à l’école et hors l’école.

Avec le recul, mais je le ressentais à ces moments-là aussi, le fait d’être tout entière consacrée  au moment présent, m’a permis au cours de ma carrière de traverser des moments  difficiles, dans ma vie personnelle notamment. Ce moment , où on est baigné par l’amour de ses élèves m’a donné, à un  moment terrible de ma vie,  la force de surmonter la perte de mon bébé, de remonter plus vite…monter, monter pour ne pas s’écrouler!

Mes adorables collègues m’avaient dit de me reposer, de rester à la maison, mais j’ai vite décidé de retourner dans ma classe de CP. Le cap fut difficile mais, une fois que j’ai eu répondu à leur question « où est ton bébé? » avec la même simplicité qu’eux seuls comprennent, leur jeunesse, leur amour inconditionnel a commencé à mettre du miel sur mes blessures. Mes adorables collègues ont ajouté une couche de douceur dans ce cocon.

J’ai retrouvé plusieurs de mes chers collègues, il y a peu de temps, grâce à Facebook. Yves, le directeur passionné d’informatique, a permis que notre école soit la première écoIMG_5006le publique en France…et oui,  à avoir des ordinateurs. C’était en 1981!! Projet péniche, il nous a reçu sur sa péniche où il vit aujourd’hui. Et puis Catherine qui a eu son deuxième fils alors que je perdais ma petite fille et qui 30 ans après m’a dit à quel point elle avait été bouleversée et admirative de mon courage. Quel courage? On se découvre à ces moments-là et j’étais si bien aimée, si bien entourée, la vie est plus forte et les enfants nous communiquent leur énergie. L’année suivante, je mettais au monde Géraldine et c’est comme si toute l’école accouchait. Moment triste, moment gai…la VIE!

Alors oui, ce qui me manque, et je l’ai vécu dans de nombreuses écoles et surtout la dernière où j’ai partagé ma classe avec Isabelle pendant les cinq dernières années, c’est ce magnétisme énergétique, je ne sais comment dire que je ressens en rentrant dans une école. Je pense que toutes ces jeunes vies pleines d’insouciance  qui vivent dans le moment présent explosent en  une boule  pétillante d’énergie positive qui ne peut que vous pénétrer et vous dynamiser. D’ailleurs, s’il n’y avait pas les moments de récréation pour décharger le trop plein, c’est l’école qui exploserait!

J’ai souvent eu cette  expression : » je mets les doigts dans la prise de leur énergie pour me ressourcer ». C’est vrai que tous les jours, on n’est pas au top, et surtout les années passant, on récupère plus difficilement, mais même malade (pas trop non plus) cette énergie nous regonfle à bloc et on repart à fond.

Alors, est-ce que ça me manque? Non, parce que j’ai une vie très heureuse et très occupée  avec ma famille, mes amis, mes assoc…IMG_0230

Oui, pour tout ce que je viens de dire, mais quand ça me manque, j’appelle Isabelle et je l’accompagne dans ses sorties scolaires, je vais faire des ateliers d’écriture ou de travaux manuels avec ses élèves. (photo de notre sortie à SALVA TERRA en le 4 juin 2018)

Et je suis accueillie comme une star!! C’est comme ça qu’Isabelle m’annonce : je suis leur star! Il ne faut rien exagérer mais c’est tellement agréable de faire une telle entrée dans sa classe. Je ne sais pas (enfin je m’en doute…) comment elle me présente mais quel accueil !  Quand on avait nos deux classes de CE1, au moment de Noël, je voyais ses élèves arriver dans ma classe et me regarder bizarrement :  je me précipitais vers elle  : »qu’est ce que tu leur a encore dit? »  Que je suis la fille du Père Noël!!!! ET chaque fois elle me répondait  » mais tu vois ils n’ont pas de mal à le croire! » ( Marie-Noëlle, c’est la fille du Père Noël chantait Dutronc!)

Comme je l’ai toujours fait au cours de ma vie, chaque activité de ma vie personnelle, professionnelle  ou sociale a permis d’enrichir les autres ;  ça  permet d’avoir toujours l’esprit ouvert et de ne pas s’enfermer dans un système de pensée.

En tant que présidente d’association, je suis dans le projet d’écrire un livre témoignage sous forme de fiction. Une des  préoccupations essentielles de ma vie a toujours été le bien être des enfants, leur défense, leur protection, que ce soient évidemment les miens, mes élèves ou tous en général. Mon histoire personnelle et le choix d’être institutrice peuvent en témoigner. A la base, je voulais être juge pour enfants (d’où ma première année de Droit) mais j’ai préféré être dans l’épanouissement des enfants plutôt que dans la réparation de leurs tourments.

Ce livre qui parle  de familles divisées par le divorce, parfois recomposées, souvent décomposées mettent les enfants dans des situations inconfortables difficiles et parfois tragiques. C’est leur point de vue que je veux mettre en lumière et comme les deux petites héroïnes de mon livre ont 10 ans, qui mieux que des enfants de 10 ans pour m’en parler et surtout avec leur langage.

J’ai donc demandé à Isabelle si je pouvais faire un atelier d’écriture avec ses élèves. Bien sûr, j’ai été  accueillie à bras ouverts.

Je fais ma masterclass!   Mais bon j’étais maîtresse d’école et c’est comme le vélo…………

 

 

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